Nourrir Strasbourg : un enjeu vital, transversal et régional

La crise de la covid a mis en évidence la place majeure de la question alimentaire dans d’innombrables aspects de la vie des Strasbourgeois·e·s. Pour valoriser et amplifier le travail déjà initié depuis le début du mandat sur le sujet et répondre aux attentes fortes tant des habitant·e·s que des professionnel·le·s, Strasbourg doit accélérer. En ligne de mire : une alimentation saine, accessible au plus grand nombre, plus locale et plus respectueuse de l’environnement et de ceux qui la produisent. 

À l’occasion de la crise sanitaire et économique, s’est imposée à nous l’urgence d’organiser la nécessaire relocalisation des chaînes de productions alimentaires. Quand un grand nombre de Strasbourgeois·e·s redécouvrait les vertus des circuits courts, des productions locales et de saison, beaucoup ne pouvaient remplir leur frigo. Ces questions, en apparence éloignées, sont évidemment liées et se doivent d’être traitées de façon transversale. Comme beaucoup d’autres.

L’alimentation au carrefour de nombreux enjeux de société
Appliquer notre approche alimentaire, c’est œuvrer à la fois pour proposer des menus 100% bio locaux dans les cantines scolaires, accompagner les problématiques spécifiques des commerçants, favoriser le maraichage citoyen, réduire les pollutions liées aux pesticides, faire baisser l’impact climatique de nos assiettes, valoriser le patrimoine gastronomique.

C’est également agir sur les aspects de nutrition-santé (la nourriture est le premier médicament) : lutter contre l’obésité, contre les maladies cardio-vasculaires, contre les maladies chroniques, les imbrications sanitaires, sociales, environnementales de l’alimentation et des productions agricoles qui sont extrêmement importantes.

Tous ces enjeux impliquent une multitude d’acteurs du territoire, privés comme publics, entre lesquels nous construisons les ponts dont nous avons constaté qu’ils manquaient à notre arrivée.

Coordonner et mettre en réseau les acteurs pour garantir un système durable
Assurer une alimentation de qualité à 280 000 personnes (plus de 500 000 pour la métropole) ne va pas de soi. À l’exception de quelques maraîchers, notre ville n’est plus une terre de production agricole nourricière. Pire, même en convertissant 100% des terres cultivables de l’EMS dans la production d’aliments à destination des humains, on serait encore très loin du compte. Seule une approche régionale est à même de répondre à ces enjeux.

Si Strasbourg ne peut produire seule ce qu’elle consomme, elle offre cependant un marché important qu’elle doit apprendre à valoriser auprès des acteurs et partenaires régionaux. Structurer ce marché – cette demande – est un travail collégial que nous avons entamé ces derniers mois et qui mérite un cadre dédié pour porter la démarche dans le temps.

Prenons un exemple concret : la demande en produits bio locaux des citoyen·ne·s consommateurs·trices explose. Nombre de structures publiques et d’entreprises du territoire strasbourgeois expriment un besoin croissant pour ce type de produits et n’arrivent pas à satisfaire la demande. L’offre ne suit pas. En jouant le rôle de facilitateur pour structurer cette demande, Strasbourg veut stimuler à moyen terme les conversions en bio à l’échelle régionale en offrant aux agriculteurs des perspectives économiques précieuses.

Les manifestations paysannes récentes sont l’expression des terribles difficultés vécues par la profession en Alsace. Un projet basé sur la qualité et ancré dans le temps long pourra contribuer à leur assurer un avenir souhaitable tout en retissant le lien ville-campagne. Pour organiser cela, il faut structurer la dynamique sur le long terme.

L’urgence de construire une vraie gouvernance autour des questions alimentaires
Aussi la production alimentaire va bien au-delà de la simple question agricole. Elle repose sur une multitude d’opérateurs, privés comme publics, aux attentes et spécificités diverses. Il est donc important de mobiliser l’ensemble des acteurs de la chaîne de fabrication et de distribution pour assurer la viabilité économique et la résilience des filières alimentaires qui font notre fierté.

C’est pour répondre à ce besoin de gouvernance transversale et pour plus d’efficacité dans les réponses apportées aux attentes des Strasbourgeois·e·s que, lors du Conseil municipal du 22 février 2021, nous avons voté l’adhésion au Pacte de Milan de la FAO[1]. Le Pacte de Milan est une approche pragmatique qui nous dotera d’une méthodologie éprouvée ailleurs dans le monde, comme en France, pour mettre en place les outils nécessaires et accélérer le travail déjà accompli après 8 mois de mandat.

Le pacte de Milan est un premier jalon.
La question de l’agriculture urbaine et de la ville nourricière sont au cœur de nos politiques publiques, ce que traduisent les projets « Cités fertiles » menés dans le cadre de la rénovation urbaine, les projets d’agriculture urbaine, la réflexion sur la mise en œuvre d’ordonnances vertes, les projets de végétalisation de la ville, l’élaboration d’une stratégie cadre avec la Chambre d’Agriculture et Bio en Grand Est, ou encore le soutien aux filières émergentes. Ce travail est au plus grand bénéfice de notre territoire, de ses habitant·e·s et des professionnel·le·s du secteur agricole et alimentaire.

[1] L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (connue notamment sous le sigle FAO soit en anglais Food and Agriculture Organization of the United Nations) est une organisation spécialisée du système des Nations Unies, créée en 1945. Elle compte 197 membres, dont 194 États.

Tribune d’Antoine Neumann, Conseiller municipal délégué à l’agriculture et à l’alimentation

L’interview vidéo d’Antoine Neumann

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